François Ozon - site officiel

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Interview with Michael Fassbender

Romola Garai et Michael Fassbender dans AngelComment s’est déroulée votre première rencontre avec François Ozon ?
Nous nous sommes rencontrés dans un hôtel. J’ai fait une lecture avec Karen Lindsay Stewart (directrice de casting ), filmée par François. Les quatre autres auditions se sont déroulées avec plusieurs actrices différentes. C’était très facile d’auditionner pour François. Il est très ouvert aux idées, et j’avais le sentiment de pouvoir explorer des choses. C’était rafraîchissant. Mais je suis aussi superstitieux, et bien qu’ayant l’impression que cela se passait bien, je ne savais pas du tout s’il m’avait choisi ou non. J’avais très envie de travailler avec lui, mais j’étais très nerveux. Cinq auditions, bon sang !

Connaissiez-vous ses films ?
Je n’ai rien su de son travail avant ma troisième audition, et quand j’ai vu ses films, ils m’ont beaucoup impressionné. Heureusement que je ne les avais pas vus à la première audition ! Evidemment, je les ai presque tous vus depuis, et je les trouve extraordinaires. C’est une chance pour moi de travailler avec un réalisateur d’une telle envergure, surtout lorsque l’on est inconnu !

Que pensez-vous de votre personnage, Esmé ?
Esmé est le mouton noir de la famille, quelqu’un qui aime profiter de toutes les possibilités de la vie – le jeu, les femmes, la boisson… Je le vois comme un rebelle dans la société, c’est un peintre frustré, quelqu’un qui se sent très mal à l’aise avec sa passion, la peinture, et cela teinte son comportement. Il rêve de se voir accepté par la société, de voir son travail reconnu. Il est donc une sorte de paradoxe vivant : un blasé qui se soucie profondément de son travail - que tout le monde trouve bon à jeter.

Et vous, que pensez-vous de son art ?
En fait, je ne connais pas grand-chose à l’art. J’ai deux mains gauches. Une toile blanche m’intimide. Pour moi, l’art, c’est la manière dont vous voyez le monde autour de vous et dont vous pouvez l’exprimer. Esmé me semble avoir une approche très originale de l’art et de la manière dont il voit la vie. J’ai aimé le fait que, surtout à cette époque-là, il soit attiré davantage par les endroits peu reluisants et y trouve son inspiration. Son réalisme m’a séduit, j’aime qu’il dénude les choses jusqu’à l’essentiel.

Vous peignez réellement dans le film. Comment cela s’est-il passé ?
Quelqu’un est venu m’enseigner la peinture et j’ai trouvé cela aussi relaxant qu’intéressant. J’ai même envie de continuer, mais je n’en ai pas encore eu l’occasion.
Pendant le tournage, nous avions un peintre sur le plateau. Il a passé beaucoup de temps avec moi à travailler sur la peinture que je réalise à l’écran. Nous avons utilisé le fusain, la peinture à l’huile, les pinceaux… C’était bien de l’avoir à mes côtés parce que je pouvais ainsi étudier la personnalité d’un artiste en même temps que j’apprenais à tenir une brosse ! J’ai été très fier quand j’ai réussi à dessiner des yeux et un nez, mais je n’ai jamais réussi à tracer correctement une bouche ! J’ai gardé ma première peinture, faite à ma première leçon. J’ai fait de sacrés progrès pendant toutes ces semaines !

François a-t-il une méthode de travail spécifique ?
Il crée un environnement dans lequel les personnages peuvent exister, et je m’y suis senti libre de lui montrer tout ce que je pensais, ce qui me venait à l’esprit dans la scène. Je suivais mon instinct, et ensuite il était très précis sur ce qu’il pensait efficace et sur ce à quoi il ne croyait pas. C’est une manière de travailler très productive, franche et rapide. Il est facile de travailler avec lui parce qu’il dépouille le superflu pour aller à l’essentiel. Ce n’est pas réglementé, cadré, c’est intuitif.

Comment vous dirigeait il exactement?
Il vous parle pendant qu’il vous filme. Certains pourraient se demander comment on peut se concentrer quand le réalisateur vous parle au moment même où vous jouez, mais cela me convenait parfaitement. Il manie la caméra aussi, et c’est la première chose qui m’a surpris, mais François dit lui-même qu’il ne peut pas voir ce que nous faisons s’il ne regarde pas dans la caméra… Et puis, il fait aussi tout le temps des bruits bizarres. Des grognements d’approbation ou de désaccord, et il continue à filmer, à filmer encore jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il cherche.

Que pensez-vous des motivations d’Esmé ?
Nous avons beaucoup parlé de ses motivations, et notre préoccupation première était de savoir s’il aimait vraiment Angel ou si leur relation ne présente qu’un enjeu financier. Nous avons décidé qu’il ne l’avait jamais vraiment aimée mais qu’il s’était convaincu du contraire. Elle a une personnalité si forte et si différente de la sienne qu’elle éveille en lui quelque chose qu’aucune femme n’a jamais suscité, et cela a un rapport avec son travail. Il lui fait confiance et lui donne accès à son monde, et cela le déséquilibre, le perturbe, et ne fait qu’attiser encore son attirance pour elle.

Quelles scènes ont été les plus difficiles à jouer ?
Pour moi, la plus difficile a été celle du viol. C’était très perturbant parce que François fait autant de prises que nécessaire jusqu’à obtenir ce qu’il veut et ce jour-là, ce fut particulièrement difficile.
Une grande partie de la préparation se fait chez soi, mais quand vous jouez, chaque scène contient un moment où les choses basculent – chacune apporte des changements définitifs et une évolution du personnage. C’était assez difficile au point de vue du jeu d’acteur.
La scène de de la découverte du portrait d’Angel m’a aussi posé des problèmes. Connaissant l’insécurité d’Esmé sur son travail, le moment où il revient pour faire face à la toile dévoilée a été particulièrement difficile à interpréter. Angel atteint le point faible d’Esmé . Etre là, debout, face à la réaction de rejet de tous était assez dur. Vous savez, moi-même j’aimais beaucoup cette peinture…

Comment avez-vous travaillé avec des acteurs plus expérimentés, comme Sam Neill par exemple ?
Sam est formidable, c’est un acteur très important pour un jeune comédien comme moi parce qu’il a tout fait – des films majeurs, de petits films, du théâtre. Il ne craint pas de partager son expérience, de vous encourager, ce qui est très important quand vous jouez des scènes lourdes au plan émotionnel. Il est toujours là pour vous soutenir.

Que pensez-vous de Charlotte Rampling ?
Elle est très séduisante… Je n’ai eu qu’une courte scène avec elle et j’ai été fasciné par sa présence. Elle est une icône de la génération d’acteurs chez qui je puise toute mon inspiration, ou presque.

Quelle est votre opinion sur Angel ?
A ma première lecture du scénario, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir envie qu’Angel se rachète et fasse quelque chose de gentil… Cela m’a préoccupé jusqu’à ce qu’on entame le tournage, mais une fois que nous avons commencé, et que j’ai vu la manière dont François filmait et dont Romola jouait, j’ai réalisé que je ne pouvais pas m’empêcher d’admirer Angel… Sa confiance en elle-même et sa détermination à faire ce qu’elle veut dans un monde dominé par les hommes sont vraiment impressionnantes. Si vous n’êtes pas ému et si vous n’éprouvez ni admiration ni pitié pour elle, alors c’est que vous avez manqué l’idée dominante du film. On ne peut pas s’empêcher d’être désolé pour elle. Voilà une personne qui construit sa vie comme elle construit ses livres. Elle arrive avec son idée de ce à quoi doit ressembler l’amour, de ce que doit être sa vie, du statut social dont elle doit jouir, mais elle n’en retire aucun plaisir, cela ne nourrit pas son âme. Regardez simplement son rapport au sexe : elle le fait parce qu’elle pense que c’est ce qu’il faut faire plus que par désir personnel.

Travailler avec un réalisateur et une équipe technique française est-il différent du modèle anglo-saxon ?
L’expérience française est différente. Commencer tard, prendre une heure pour déjeuner, puis aller sur le plateau et travailler sept heures de suite, sans pause, est appréciable parce que vous n’avez pas à vous interrompre. Vous êtes lancé, vous continuez.
Nous avions une super équipe technique qui travaillait à la perfection. Chacun aimait ce qu’il faisait et participait activement à quelque chose qui relèvait vraiment de l’art. Je crois que c’est dû à François, et à son équipe qui le soutient totalement.

Angel est en partie une histoire d’amour… Comment vous y êtes-vous préparé ?
Ce n’est pas vraiment difficile de jouer une histoire d’amour avec Romola, elle est très séduisante et c’est une très bonne actrice, alors quoi que vous lui donniez, elle vous donne en retour.

Quelles sont vos scènes préférées ?
Je les ai toutes aimées! C’était très agréable et amusant, parce que François a un remarquable sens de l’humour, mais j’avoue que les plus drôles à faire ont été les scènes de boisson. J’aurais bien voulu avoir plus de scènes avec Tom Marvell ! Marvell est la bouffée d’air frais d’Esmé dans ce monde de femmes dont il est prisonnier. L’étrange lien qui les unit m’a intéressé : Esmé l’emmène aux courses, ce genre de choses, et en retour, Marvell veille sur lui.

Avez-vous appris quelque chose en travaillant sur ce film?
ANGEL est le meilleur film que j’aie tourné à ce jour, et mon meilleur travail d’acteur. J’ai adoré goûter à la liberté de se laisser aller, d’explorer, de trouver des choses au fur et à mesure qu’on tournait. J’ai appris à me détendre, à être à l’aise et à découvrir les choses au moment où elles se produisent. C’était une grande première pour moi, et c’était extraordinaire.