François Ozon - site officiel

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Entretien avec François Ozon

regarde la MerLe point de départ, la maternité:

"Beaucoup d'amies de mon âge étaient enceintes et je sentais qu'elles vivaient un vrai dilemne, l'envie d'avoir un enfant et la peur de sacrifier leur carrière. Cette oscillation entre un désir de maternité pas complètement assumé et celui de s'épanouir dans le travail m'intéressait.
Souvent, ces maternités arrivaient d'ailleurs par accident et j'étais fasciné par le décalage qu'il y avait entre la modernité des revendications professionnelles de ces femmes et les discours régressifs qu'elles tenaient contre l'avortement.
D'autre part, j'avais remarqué que leur maternité les mettait dans une situation de responsabilité, et de sacrifices sans qu'il y ait forcément au départ la volonté de mettre fin à une vie plus libre et volage."

 Les actrices:
"Lorsque la comédienne Sasha Hails est tombée enceinte, j'ai suivi de loin sa maternité et je me suis dit que c'était peut-être le moment d'aborder le sujet dans un film, d'autant plus que j'avais déjà tourné avec elle Une rose entre nous (mon court métrage de fin d'études à la Fémis). Ce projet lui permettait de concilier ses désirs de mère et d'actrice puisqu'elle ne se séparerait pas de son bébé.
En ce qui concerne Marina De Van, j'avais été très impressionné par son premier court métrage, Bien sous tous rapports. Sa personnalité, sa force, son talent de comédienne et de réalisatrice m'ont donné envie de la rencontrer et très vite je me suis rendu compte qu'elle correspondait physiquement au personnage. Elle était prête à se mettre en danger et à accepter de jouer un personnage qui ne serait pas toujours gratifiant.
Je sentais également qu'une alchimie intéressante pouvait naître de la rencontre de ces deux actrices, notamment du contraste détonnant de leurs physiques."

Le tournage:
"Pour bien suivre la progression des deux personnages, nous avons tourné dans la chronologie. J'étais un peu dans le flou et indécis sur certaines scènes. L'évidence s'installait petit à petit en fonction de ce que nous avions précédemment filmé.
Par ailleurs nous avons été aussi contraints de suivre le rythme du bébé et de respecter ses heures de sommeil. Mais sans subterfuge pour le faire crier: il hurlait naturellement, dès que sa mère le quittait!
Je ne voulais pas que Sasha connaisse l'histoire mais qu'elle reste vierge et découvre l'intrigue au jour le jour. Je lui avais juste dit qu'il s'agissait d'elle même et de son bébé sur une île.
Je crois que cette façon de tourner lui a permis d'être libre, et de jouer sans trop réfléchir."

Le point de vue:
"Le vrai problème de mise en scène était celui des points de vue: "Quand faut-il quitter celui de Sasha pour adopter celui de Tatiana?"
J'ai finalement préfére que le film fonctionne presque entièrement sur le point de vue de Sasha, contaminé par des brives de celui de Tatiana. J'ai tourné les scènes du point de vue de Tatiana (dans le supermarché, au cimetierre...) sans savoir vraiment à quel moment j'allais les mettre dans le film, je n'ai trouvé leur place qu'au montage. Ce sont elles qui imprègnent de danger les séquences réalistes et quotidiennes sur Sasha."

L'angoisse, le suspens et l'horreur:
"Je tenais à montrer des blocs de temps sans donner d'explications, ni de justifications psychologiques mais juste des sensations, des impressions et des signes que le spectateur pouvait prendre ou rejeter.
Il y a beaucoup de temps morts dans le film. Je filme les trajets dans leur vraie durée alors qu'ils sont en général ellipsés. Je voulais que le spectateur ait le temps de se poser des questions et que ce soit source d'angoisse et de suspense.
Les trous dans la narration provoquent une frustration chez le spectateur et en même temps l'obligation d'imaginer ce qui s'est passé entre deux séquences. Et si le film provoques des réactions violentes, c'est parce que les gens projettent des choses horribles. Certains spectateurs sont par exemple persuadés d'avoir vu le cadavre du bébé dans la tente à la fin... Ce qui m'amuse, c'est que les spectateurs imaginenet des choses encore plus monstrueuses que celles que je leur montre..."

Propos recueillis par Claire Vassé (DOSSIER DE PRESSE)