François Ozon - site officiel

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Entretien avec Kristin Scott Thomas

 

Kristin Scott Thomas - Dans la maisonQuelle a été votre réaction à la lecture du scénario de DANS LA MAISON ?

Je l’ai trouvé drôle, léger mais pas futile. Il pose des problèmes, fait réfléchir sur les rôles de maître et d’élève, sur l’art, et notre soif de téléréalité. Notamment à travers le personnage que je joue, qui est totalement accro à l’histoire que claude écrit. Jeanne est dans une attitude très voyeuriste envers la famille Rapha. Son attitude est très actuelle, on a tous une grande curiosité vis-à-vis de la vie des autres, il n’y a qu’à voir le succès de la presse people. ce n‘est pas très joli, tout ça !

Plonger dans la vie des autres, ça lui évite de regarder la sienne...

Oui, Jeanne est incapable de regarder ce qui se passe sous son nez et la manière dont son couple explose laisse un petit goût amer. le film pose de grandes questions mais de façon simple et amusante. Mis en scène par un autre, cela aurait pu donner un film tragique mais François en a fait une histoire drôle et percutante. Son humour me plaît.

Comment décririez-vous le couple que forment Jeanne et Germain ?

Ils sont dans une admiration mutuelle, ils ont trouvé leur confort dans le partage de la lecture et de l’art, ils sont dans une fusion culturelle. la culture est un peu l’enfant qu’ils n’ont jamais eu. cette question de l’enfant, ils ne se la posent d’ailleurs qu’à la fin du film, à cause du rapport que Germain entretient avec claude.

Qu’est-ce que Claude cherche chez Germain ?

À avoir accès à l’imagination et au style afin de s’échapper de sa triste réalité, avec ce père cloué dans son fauteuil et cette mère disparue. En fuyant dans le virtuel, claude exploite cette famille. cet enfant est un peu un monstre !

Cette famille aussi est monstrueuse, qui finit par se refermer sur elle- même...

Oui, ça c’est une thématique chère à Ozon ! cette famille a un côté monstrueux mais on est dans le registre de la satire, c’est difficile de la prendre au sérieux. On se tient un peu à distance d’elle car elle est racontée par claude. En revanche, on est davantage dans le réel et la justesse avec le couple que je forme avec luchini. Il nous filme de près, dans un petit appartement, plein de livres. Tout d’un coup, le spectateur est plongé dans une plus grande intimité.

Jeanne, c’est l’art contemporain ; Germain, c’est la littérature classique...

Oui mais jusqu’à l’arrivée de claude, cette distinction ne les gênait pas, ils n’étaient pas en désaccord. Ils vaquaient chacun à leurs occupations. c’est quand leur couple entre en crise que ça pose problème.
François filme avec dérision le monde de l’art contemporain. la réaction des jumelles devant les tableaux de nuages que leur montre Jeanne est très drôle. Elles n’osent pas parler.
Jeanne n’est pas une caricature d’une galeriste, elle aussi s’interroge sur la qualité de ces œuvres. Quand elle vend ses tableaux, sa conviction trahit le doute qui l’habite, elle y croit sans y croire. Et à la fin, elle se retrouve d’ailleurs davantage dans l’artisanat que dans l’art !

Kristin Scott Thomas - Dans la maisonComment s’est passée la rencontre avec François Ozon ?

Je l’avais déjà rencontré plusieurs fois dans la vie, je l’avais trouvé très intéressant, vif, provocateur. Il a un regard pétillant, il parle à cent à l’heure, c’est un boulimique de travail, il s’intéresse à tout, il est très cultivé, est au courant de tout.

Et le tournage ?

Je sortais d’une pièce de Pinter à londres, une pièce très sombre que j’ai jouée plusieurs mois, j’avais un peu oublié comment on travaille au cinéma ! François a une façon de travailler assez particulière. Déjà parce que c’est lui qui cadre. Je n’avais jamais connu ça avant lui. l’autre particularité de ce tournage, c’est que le film était en majorité tourné quand je suis arrivée, il ne restait plus que mes scènes, ils m’attendaient, un peu comme le Messie ! ce n’est pas facile de se mettre dans l’ambiance en cours de route.

Comment François Ozon dirige-t-il les acteurs ?

Il sait le geste que vous devez faire au millimètre près. Sa précision me fait un peu penser à celle de Polanski. François a un côté très pragmatique, il est aussi très à cheval sur le texte. Dans ce genre de comédie à la française, les codes de jeu et le débit de paroles sont très précis. cette histoire n’est pas
construite sur de la psychologique, elle est anti actor studio. c’est avant tout une question de rythme, d’écoute de l’autre.

Et la rencontre avec Fabrice Luchini ?

Fabrice luchini tournait depuis plusieurs semaines déjà, il était complètement dans son rôle, très à l’aise avec l’équipe et avec François. D’habitude, c’est moi qui suis dans cette position de force et c’est l’autre qui est fébrile. là, les rapports étaient inversés ! c’était la première fois qu’on travaillait ensemble avec Fabrice. Et j’espère que ce n’est pas la dernière. On se complémente à l’écran, on dirait qu’on a joué toute notre vie ensemble ! c’était un partenaire avec lequel il était très facile de faire passer les idées. Sans doute parce que nous partageons l’expérience du théâtre et de la scène. J’ai aussi été très impressionnée par la prestation d’Ernst Umhauer. Il occupe une très jolie place dans le film face à Fabrice.

Propos recueillis par Claire Vassé