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Propos recueillis par Thierry Jousse.
(Cahiers du Cinéma - Spécial DVD 12/2001)
Quel est votre rapport de consommateur au DVD?
J'ai participé à la fabrication
des DVD qui regroupent mes films alors que je n'avais pas encore
de lecteur chez moi. J'ai acheté l'appareil pour voir ces
DVD achevés. Je ne connaissais pas ce support mais j'avais
pas mal d'amis qui m'en disaient le plus grand bien. Ce qui m'angoissait
un peu, c'était de ne plus sortir, de ne plus aller voir
les films à l'extérieur, de recréer son petit
cinéma chez soi. Maintenant que je possède le lecteur,
je trouve tout de même agréable de voir les films
dans ces conditions, surtout pour l'excellente qualité de
l'image.
Est-ce que les bonus et tous les suppléments
qu'on peut trouver sur les DVD vous intéressent, notamment
en ce qui concerne la collection qui regroupe vos films?
Ce qui m'a séduit dans cette affaire, c'est
justement l'idée de collection, de sortir les 5 DVD ensemble,
un peu comme des livres. J'aime bien l'idée que chaque DVD
est riche et autonome et qu'en même temps, il y ait des passerelles
entre chacun. Même les jaquettes sont inspirées par
l'idée du livre. Par ailleurs, on a essayé de transmettre
au spectateur le maximum d'informations, d'enrichir sa vision et
de donner des aperçus qui peuvent aider à mieux voir
les films.
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Est-ce que les commentaires
sur les films peuvent être considérés comme
des notes en bas de page?
On m'a dit qu'il fallait des bonus et on m'a demandé ce
que j'avais comme matériel. J'ai dit que j'avais mes films
super-huit. Les éditeurs m'ont suggéré de
faire un commentaire audio sur les longs-métrages. Je n'y
connaissais rien et je me suis lancé. J'ai fait en sorte
d'être avec des gens, techniciens ou autres, qui avaient
un rapport avec le film et surtout un discours. pour chaque film,
on a enregistré en se lançant sans filet. Ca a été mixé mais
je n'ai pas pu réécouter car je ne supporte pas ma
voix. On donnait la plupart du temps des informations un peu techniques
sur les films. Pour le DVD de Sous le Sable , j'ai fait
le commentaire avec Emmanuèle Bernheim, avec qui j'avais
travaillé sur le scénario. Elle m'a proposé d'y
aller sans préparation, de voir l'image un an après
avec ce qu'on allait pouvoir en direct en direct. C'était
un peu casse-gueule mais assez excitant. Il n'y a pas eu de seconde
prise. Sur Gouttes d'eau... avec la chef-op, on parle assez
techniquement des choix de pellicule, etc. cela dit, je serais
curieux de connaître le pourcentage de spectateurs qui écoutent
ces commentaires audio.
L'exercice a-t-il modifié la vision
de vos propres films?
Ca m'a surtout angoissé. Tout à coup,
revoir tous ces films, c'étaitt très bizarre. Habituellement
je ne revois pas mes films. J'essaie d'aller de l'avant et de ne
pas regarder en arrière. Là, être obligé de
me remettre sur ces films, ça m'a un peu rendu malade. C'est
comme si on se revoyait soi en ayant encore un peu honte de certaines
choses, comme des images de soi qu'on n'a pas forcément
envie de revoir trop vite. Ce n'était pas très agréable.
En même temps, les ratages ne me dérangent pas. Ils
sont souvent aussi intéressants que les réussites.
A la limite, je trouve bien qu'il y ait des choses ratées.
Les voir ou les revoir me donne envie de faire mieux pour les prochains
films. Parfois, on a des obsessions sur certaines séquences,
on a la sensation que certaines choses ne passent pas du tout et,
avec le temps, cela paraît souvent moins catastrophique.
J'ai cherché à revoir sans analyser mais plutôt
comme un spectateur. J'essayais plutôt de me souvenir d'anecdotes.
Je voulais surtout être très concret, le moins théorique
possible. Je ne suis pas dans l'auto-analyse de mes films. je ne
suis un théoricien, ni un critique de cinéma. Les
techniciens étaient eux aussi assez angoissés à l'idée
de participer à cette entreprise. J'ai essayé de
susciter chez eux des réponses à des questions que
le spectateur pourrait se poser. Sur Gouttes d'eau... par
exemple, il y a un travail important sur le décor, les costumes,
la lumière... L'enjeu était de le donner à comprendre.
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Pour le DVD des Amants Criminels,
vous proposez 2 versions dont une que vous avez remontée...
C'est surtout la première demi-heure qui
a changé. J'ai modifié la mise en place du film qui
avait suscité plutôt du rejet à la sortie.
Dans la version remontée, j'ai fait en sorte de mettre le
meurtre un peu plus tard avec une présentation plus précise
des personnages. Dans le scénario, le récit était
chronologique. On a fait un premier montage, et tout de suite,
je suis parti dans l'idée du flash-back. J'ai eu l'impression
qu'il y avait deux films et que leur juxtaposition n'allait jamais
fonctionner. J'ai voulu mélanger ces deux parties pour rendre
le film plus homogène. Le film est sorti, il n'a pas du
tout marché. Après je me suis dit que j'avais fait
peut-être une erreur au montage. Je crois finalement que
la version remontée, plus fidèle au scénario,
est meilleure. Il y a un côté trop agressif dans le
début du film tel qu'il est sorti en salles. Depuis, je
me suis rendu compte qu'il ne sert à rien de se mettre le
spectateur à dos au bout de cinq minutes. Dans le nouveau
montage, la violence est toujours là, mais elle est différée,
donc plus recevable, à cause de la chronologie. C'est le
seul film sur lequel j'avais vraiment eu envie de revenir.
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Vous-êtes vous occupé de
l'habillage?
Oui. J'ai tout de même manqué d'un
peu de temps pour faire plus. On a essayé de faire des choses
simples qui convenaient avec chaque film. Il y a des aspects plus
ou moins ludiques. Sitcom est plus ludique que Sous
le Sable qui est plus sobre. A chaque fois, l'idée était
de s'adapter au film.
Comment avez-vous sélectionné et
réparti vos courts-métrages, notamment vos premiers
travaux en super-8 qui sont inconnus?
Il y en avait normalement davantage, mais j'ai
eu un peu peur. Je les ai beaucoup montrés quand j'avais
20 ans, personne ne me connaissait, et je ne faisais pas encore
de vrais films. J'ai eu tout de même peur du caractère
trop intime de ces films, d'autant plus que mes parents ou des
amis qui ne sont pas du tout comédiens jouent dedans. J'ai éliminé pas
mal de ces films super-huit, notamment un dans lequel je me travestissais.
J'ai gardé ceux qui avaient vraiment un rapport avec les
lons métrages. Ce sont des films que j'ai fait avant d'entrer à la
FEMIS, quand j'étais en fac d'art plastique. Je faisais
un film super-huit par mois, que je tournais en une journée.
C'était très rapide. Le super-huit, c'est du positif,
donc les films se dégradent. Les graver sur DVD leur assure
une nouvelle pérennité. S'ils disparaissent de manière
chimique, ils existeront sur un autre support. J'aimais l'idée
de les garder tels quels, sans les remonter, avec tous les défauts
et les imperfections, notamment de montage, sans les sonoriser
non plus. J'ai juste pensé ajouter le bruit d'un projecteur
super-huit qui correspondait aux conditions de vision de ces films.
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Il y a, dans cette collection,
un côté oeuvre complète. Quel effet cela
fait-il?
J'ai eu un peu peur d'être enterré.
Je me suis demandé si c'était le bon moment, si c'était
utile, si ça intéresserait quelqu'un... En même
temps, c'était un moyen de faire exister tous les courts-métrages,
surtout les premiers qui n'avaient pas été vraiment
vus. Beaucoup de gens me demandaient les courts-métrages,
et même les plus connus n'existaient pas en vidéo.
Donc, c'était un moyen de les montrer. Parmi tous les films,
toutes durées confondues, les deux que je préfèrent
sont sans doute Regarde la Mer et Gouttes d'eau... En
revoyant Regarde la Mer, j'ai éprouvé du plaisir
comme spectateur. Je trouvais que le film était assez cohérent
et qu'il fonctionnait, à deux ou trois petits détails
près. En revanche, la revision de Sitcom a été pénible...
et j'ai cessé de le commenter au bout d'une demi-heure.
Je n'y arrivais plus. J'ai préféré arrêter
parce que j'avais peur que ça tourne à l'exercice
masochiste.
Est-ce que le travail que vous avez fait sur
ces 5 DVD vous incite à regarder ce qui se fait à côté?
Oui. Par exemple, j'ai acheté le DVD de In
the Mood for Love parce qu'on me l'avait conseillé.
C'est intéressant mais j'ai été un peu gavé au
bout d'un moment. Peut-être parce que je n'aime pas suffisamment
le film... On est un peu perdu dans la navigation. Ca pêche
un peu par souci d'exhaustivité... L'affiche allemande,
l'affiche hollandaise... moi aussi, au début, j'étais
parti dans cette idée d'exhaustivité, mais finalement,
j'ai préféré épurer. Ce travail a
eu une petite influence sur le montage de Huit Femmes.
J'ai gardé toutes les prises où les actrices se
trompent, et en parallèle, j'en ai fait un petit montage
assez marrant, d'autant plus que les actrices sont Catherine
Deneuve, Isabelle Huppert, Fanny Ardant... Comme sur le tournage,
je ne les arrêtais pas quand elles se trompaient, ce petit
montage permet de voir un peu leur façon de travailler.
C'est très intéressant, par exemple, de voir les
moment où l'actrice sort du personnage et les moments
où elle y revient. Voir comment Isabelle Huppert se reprend
par rapport à Catherine Deneuve permet vraiment de voir
la méthode de travail de chacune. En plus, ça met
les actrices en valeur. On ne se moque pas d'elles et ça
nous les rend proches et sympathiques.
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