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THOMAS RECONSTITUÉ
A l'origine, ce film devait être un documentaire,
le portrait d'un garçon de 20 ans atteint du sida. Mais
celui-ci m'a appelé, dix jours avant le tournage, pour se
rétracter. Après une déception évidente,
j'ai très vite compris que ce désistement était
préférable, car au fond je n'aimais pas vraiment
ce garçon et je sentais que mon documentaire pouvait devenir
un film charognard.
Comme il m'avait parlé de ses proches, j'ai décidé de
les faire incarner par des comédiens qui parleraient de
lui et de son absence. Ainsi, mon documentaire initial s'est transformé en
fiction et j'ai fait de ce garçon un portrait en creux,
ce qui m'a permis de l'idéaliser et aussi de l'aimer.
VICTOR
Ce film est à replacer dans son cadre de production
- la Femis - et je ne pense pas que je l'aurais fait dans d'autres
conditions. Je crois que j'avais besoin à ce moment-là de
prouver que je méritais ma place de réalisateur au
sein de l'école, d'où la volonté d'affirmer
un univers original et des partis pris forts de mise en scène.
Ce film a été pour moi une étape utile mais
aussi une sorte de carte de visite. Je ne le renie pas, mais je
le conçois vraiment comme un exercice de style, dans lequel
j'abordais superficiellement et en très peu de temps des
thèmes qui sont réapparus de manière moins
caricaturale et cynique dans mes films suivants.
Je me souviens qu'un intervenant de la Femis, dont l'habitude était
de nous dire que nous faisions "des films d'aveugles", m'avait
dit "vous n'avez fait ce film que pour un seul plan, celui de
la partouze". J'avais été à l'époque
un peu vexé, mais je le comprends maintenant, car c'était
un des seuls plans d'où émanait un sentiment de vérité,
avec le plan final, qui tranche brutalement avec le caractère
artificiel du reste du film.
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UNE ROSE ENTRE NOUS
Tout est venu de ma rencontre avec Sasha Hails. J'avais envie
de lui offrir un rôle, d'où ce personnage de fille
manipulatrice prise à son propre piège. Déjà l'envie
de la maltraiter et de la sadiser apparaissait, mais dans une confusion
dans la direction d'acteur, que je pense avoir réussi à dépasser
dans Regarde La Mer. Je n'avais pas réussi à la
canaliser et son jeu part un peu dans tous les sens. L'autre problème
vient du garçon, ce n'était pas un bon choix. Mais
je pense avoir rattrapé cette erreur dans Une robe d'été avec
le personnage, joué par Frédéric Mangenot,
qui possède à mon sens, la candeur et le charme dont
manquait mon comédien.
En fait, je regrette de ne pas avoir eu le courage de tout bouleverser
au moment du tournage en misant sur l'autre acteur, Christophe
Hémon, qui avait un vrai rapport de séduction avec
Sasha. A l'origine d'ailleurs, ils n'avaient pas de scène
en commun, mais leur désir de jouer ensemble était
tellement fort que l'on a improvisé dans la boite de nuit
une rencontre entre eux, scène inutile mais qui nous faisait
plaisir, comme une trace de ce qu'aurait pu être le film.
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ACTION VÉRITÉ
C'est le premier film que j'ai réalisé en sortant
de la Femis. Après ces 3 années de travail dans un
cadre rigide, j'avais envie de faire un film tout simple, en un
week end, avec des acteurs non professionnels et en équipe
réduite.
Pour le casting, j'ai d'abord trouvé les garçons.
Puis ils m'ont présenté des filles qui leur plaisaient.
Nous avons fait des essais qui ont été concluants
et le tournage a permis qu'ils sortent ensemble!
On a beaucoup répété, ce qui a permis d'accentuer
la complicité des adolescents, mais les baisers étaient
mimés aux répétitions, permettant ainsi l'éclosion
d'une vraie émotion au tournage. Ils avaient tellement bien
intégré le texte et leur rôle que je n'ai pas
eu besoin de les diriger au moment de tourner. Placés en
cercle fermé, ils ont très vite oublié la
présence de la caméra. C'est ce qui donne son aspect
documentaire au film.
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LA PETITE MORT
Je n'aime pas beaucoup ce film parce qu'il me semble trop scénarisé et
trop bouclé. Le passage du scénario au film n'a pas
apporté grand chose. L'envolée qui s'est produite
plus tard sur le tournage d'Une robe d'été n'a
pas eu lieu sur ce film. J'avais repris ici des éléments
en germe dans Victor, mais je les ai traités sans
distance ni ironie, de manière très frontale, et
peut-être maladroite. Avec le temps, la volonté de
sincérité et de mise à nu du film me parait
un peu obscène. Il y a certainement des choses de moi que
je n'ai pas forcément envie de voir.
Je m'en veux d'avoir fait une erreur de casting concernant le personnage
de l'amant. Je voulais jouer sur un physique stéréotypé tout
en le rendant humain, avec un apport de joie de vivre et d'humour.
Mais le cliché a été plus fort. C'est devenu
un personnage qui ne vit pas et ne change pas à l'écran,
alors que le scénario le faisait évoluer de l'ironie,
de la distanciation à une attitude plus engagée,
plus paternelle. Ce personnage devait apprendre à aller
vers l'autre, à dépasser son narcissisme par amour.
Alors que là, il apparaît avant tout comme préoccupé par
ses muscles et sa coiffure. Un acteur plus vieux et moins beau
aurait certainement mieux convenu pour ce rôle.
Les moments les plus réussis me semblent ceux dans le labo-photo.
Les teintes rouges, le liquide, le torse nu du garçon et
cette espèce d'accouchement de photos arrivent à capter
l'intériorité du personnage.
J'aime d'ailleurs que ce soit par leurs actes plus que par leurs
mots que mes personnages vivent à l'écran. Le personnage
de la sur de Paul était donc très différent
de ceux que j'ai l'habitude de traiter, mais j'avais vraiment envie
pour ce film, sur le manque de communication, de m'offrir un long
monologue sur le fil du rasoir qui viendrait rompre avec les silences
précédents.
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UNE ROBE D'ÉTÉ
Selon Rivette, chaque film peut être vu comme un documentaire
du tournage. Ce film en est un parfait démenti. Ce fut le
pire tournage de ma vie. Le temps était exécrable,
l'un des comédiens était très angoissé et
avait l'impression de faire un film porno, il y avait des problèmes
de production et des soucis techniques nous ont obligés à refaire
des scènes.
Pourtant, c'est la première fois que le résultat
est aussi proche de mes intentions de narration et de sensations. C'est
un film, comme je le souhaitais, joyeux et coloré sur la
période de l'été, qui met en scène
l'ambivalence sexuelle de l'adolescence, sans culpabilité.
Débarrassé de la Loi, du Père et des adultes,
ce film a été fait contre La petite mort.
Mais aussi grâce à elle: j'avais besoin de passer
par un film entièrement fondé sur la transgression
et la culpabilité pour faire ce film de libération.
J'ai l'impression d'avoir ici complètement réussi
le personnage féminin, qui, grâce à la fraîcheur
et à la générosité de Lucia Sanchez,
arrive à exister en quelques scènes seulement.
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SCÈNES DE LIT
C'est un film de récréation, fait dans des
conditions minimales et en deux week-ends, parce que je m'ennuyais
et que j'avais envie de tourner. Je ne voulais rien prouver,
seulement expérimenter avec désinvolture des sujets
qui m'amusaient et prendre du bon temps avec des comédiens.
Les différentes scènes ont été pensées
indépendamment les unes des autres. Je voulais montrer
différentes hypothèses de couples à partir
d'une situation commune: un lit.
La simplicité du dispositif de mise en scène, fondée
sur des gros plans en champ contrechamp, et l'importance du texte,
font la part belle aux comédiens, et le montage que j'ai
fait seul, comme pour Action vérité est
entièrement fondé sur leur jeu.
Le trou noir est celui qui joue le plus sur la mise en
scène. C'était une vraie gageure pour moi: raconter
une blague de bidasse qui, grâce au découpage, à la
lumière et au jeu des acteurs, puisse devenir autre chose
et réussisse à installer un vrai climat de malaise,
en seulement deux minutes. C'est l'épisode que je préfère.
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X 2000 [NULLE PART AILLEURS
(C+) 1998]
Comment vous a été présenté l'idée
de ce court métrage ayant pour thème l'an 2000?
Ce sont les gens du programme court de Canal Plus qui m'ont
contactés. Comme ils avaient déjà acheté plusieurs
de mes courts métrages, ils m'ont demandé si ça
m'intéressait. A priori, la science fiction c'est pas du
tout mon truc, mais ça m'a intéressé d'essayer
justement de donner une vision de l'an 2000 qui soit autre chose
que de la science-fiction.
Votre vision n'est pas du tout futuriste. On
y voit des gens nus, pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Comme je ne sais pas ce que sera exactement la mode en l'an
2000, je me suis dit que s'ils sont tout nu, au moins je ne risque
pas de me tromper. C'est aussi simple que ça. En plus, je
voulais qu'il y ait un petit côté Adam et Eve de l'an
2000. Et puis j'aime bien filmer les corps nus en général,
je trouve ça assez agréable.
On a le sentiment que l'an 2000 est presque
une attente déçue.
Moi, je pense qu'il ne se passera rien de particulier. Simplement
on aura envie d'interpréter certains éléments
très quotidiens, comme des choses potentiellement dangereuses.
A un moment, le personnage voit des fourmis et il se dit que peut-être
il va y avoir une attaque de fourmi... Mais je ne pense pas qu'il
y aura juste le lendemain de l'an 2000, quelque chose de catastrophique. |
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