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STUDIO MAGAZINE 05/98
Les débuts:
"Je pensais au cinéma depuis longtemps, mais j'avais
un peu honte de me l'avouer... Les arts plastiques étaient
une bonne couverture! En plus j'ai eu comme professeur Joseph Morder,
l'homme du super-8, et il nous rabâchait sans cesse: "Tournez,
tournez, faites tout de suite des films, lancez-vous!"
Dans l'esprit, ces films ressemblaient déjà un
peu à Sitcom. Dans l'un d'eux, je tuais même
mes parents! Ils ont accepté de jouer les morts en me disant: "C'est
une très bonne thérapie. Comme ça tu ne seras
pas obligé de la faire dans la réalité"
Petit, j'ai fait des photos comme modèle mais ça
ne me plaisait pas, pas plus que lorsqu'un peu plus tard, vers
10-12 ans, j'ai fait du théâtre à l'école.
En fait, j'ai très vite compris que ce qui m'excitait, c'était
de tirer les ficelles. Et que le vrai pouvoir était non
pas chez le comédien, mais chez le metteur en scène.
A cette nuance près qu'en racontant des histoires, je pouvais
dire beaucoup de choses sur moi-même... tout en me cachant.
La Femis:
A la Femis, on rencontre plein de gens différents, on
touche à tous les secteurs, mais surtout, on PEUT faire
des films dans des conditions extraordinaires. On se retrouve
dans des situations réelles de tournage avec du bon matériel
sans le douloureux problème de trouver de l'argent! Les
séances critiques en réalisation, montage, image,
son, direction d'acteurs étaient parfois pénibles à se
farcir et certains commentaires de profs, le plus souvent sur la
touche du monde du cinéma, sont plus aigris que judicieux.
Sexe et tabous:
Tout le monde dit que je fais des images crues. C'est vrai,
mais j'ai surtout l'impression d'être au plus proche de moi-même,
de ce que je suis dans la réalité et de ce que je
vis dans ma sexualité. Je trouve que le sexe est souvent
mal traité au cinéma; j'ai envie d'apporter mon propre
regard, de jouer sur les différentes facettes du sujet,
de m'amuser avec les clichés, comme je l'ai fait par exemple
avec ceux de l'homosexualité dans Une robe d'été.
Moi, on m'a toujours appris que les "uvres d'art" se faisaient
toujours contre ses parents et qu'il fallait y mettre ce qu'on
avait au plus profond de soi. Je récuse toute autocensure,
je n'ai aucun tabou, je ne fais pas du politiquement correct. Je
fais les choses de façon instinctive, sans me poser la question
de savoir si on a le droit de faire, de filmer, de dire ça
comme ça. Ou non. J'ai même tendance par esprit de
contradiction, à faire le contraire de ce que, généralement,
on considère comme étant de bon goût.
Inspiration:
Mes petits films étaient très inspirés
de Rohmer, lui-même grand fan du super-8. Ensuite cette filiation
a évolué du côté de Pialat, dont j'adore
le côté brut et le sens des ellipses. J'aime aussi
Fassbinder, Douglas Sirk, Chabrol ou John Waters - ne serait-ce
que pour sa capacité à redonner sa chance à des
acteurs oubliés... Des cinéastes que l'on juge sur
la durée. Un film, c'est toujours une tentative, jamais
une finalité. Les films prennent leur importance quand ils
sont confrontés à d'autres du même auteur.
Sitcom:
Je ne supporte pas l'attente, le plaisir est très
volatile. J'ai sauté sur Sitcom avec délectation.
L'idée de raconter l'explosion d'une famille me taraudait
depuis longtemps. J'ai écrit le film en quinze jours. Je
l'ai tourné en un mois, en super-16, avec des acteurs peu
connus et en participation dans un lieu unique.
Au départ, il y a une famille classique - père-mère-garçon-fille
- qui va voler en éclats quand vont débarquer dans
son intimité un rat, une bonne espagnole, un prof de gym
africain et que le fils va révéler son homosexualité.
En fait, il y a trois épisodes: 1.Une famille ordinaire
2.Tout pète 3.On essaie de recoller les morceaux... je pulvérise
les lois du sitcom traditionnel et fait se confronter le pur et
l'impur, les conventions et les transgressions...
En fait, je considère Sitcom un peu comme la continuité de
mes courts; j'ai l'impression que mon prochain film sera mon premier
vrai long." |